127 heures // les Critiques de Gourcy
127 heures : une histoire à couper…le souffle.
Ça commence comme une publicité dopée au split-screen pour prendre l’air mais ça devient assez vite une poignante histoire de survie.
Bienvenue dans le délire « clippesque » et haletant de Danny Boyle. 1h30 d’une intensité folle gavée d’énergie dans la composition des plans et de la musique.
Cette fois, Danny Boyle joue du double concept « thriller/histoire vraie », celle d’Aron Ralston. 127 heures est un film d’action sur un héros immobile dont le temps est compté et parle avant tout de la vie en toute simplicité. Quand est-ce qu’un homme se résout-il à l’inimaginable ? Quelles raisons le poussent à choisir la vie malgré tout ? Danny Boyle met en scène cette volonté de survie d’un homme pris dans le tourbillon de la folie et objet de nombreuses hallucinations.
Visuellement, le résultat est complexe et hallucinant. Adepte des expérimentations visuelles et de l’image coup de poing, Danny Boyle s’éclate et enchaîne mélange de caméras traditionnelles à pellicule sur les paysages paradisiaques de westerns, de caméras numériques testimoniales et d’appareils photos… tout y passe. Il utilise à peu près tous les outils que le cinéma met à sa disposition pour livrer une expérience visuelle qui lorgne clairement du côté du clip mais trouve justement sa justification dans le sujet au travers d’un éprouvant voyage intérieur.
Exit la simple épreuve claustrophobe à la Buried de Rodrigo Cortés au profit d’un mélange des styles cohérent et prenant. Danny Boyle livre une oeuvre qui dépasse son concept de base. En effet, et contrairement à Buried entièrement focalisé sur l’instant et les réactions en live de l’homme dans son cercueil, 127 Heures nous montre visuellement les pensées du héros bloqué : ses envies d’eau, ses fantasmes, ses souvenirs et des scènes à la limite du surréalisme, montrant un homme parfois à la limite de craquer mentalement. En effet, rapidement se met en place une plongée de plus en plus profonde dans la folie d’un homme qui se sait terminé, avec à la clé crises et hallucinations en tous genres. L’homme est physiquement prisonnier mais son esprit joue librement entre souvenirs et désirs imaginés.
Filmé dynamiquement, 127 heures enchaîne le spectateur dans le canyon glacial avec Aron. La caméra devient un témoin de chaque minute auprès d’un personnage de plus en plus désespéré. Le spectateur, dans l’œil de la caméra, est touché au plus profond et s’identifie au personnage d’Aron Ralston. La faute aussi à James Franco qui prouve enfin qu’il peut être un acteur et non un simple bouffon « vert ». Il bouffe l’écran et nous emporte sans cesse dans la tourmente. On souffre littéralement avec lui. On se doute qu’il va s’en sortir, mais comment ? On est dans sa tête et on accompagnera sa souffrance jusqu’à cet ultime acte final horrible et libérateur à la fois. Même John Endemol n’aurait pas osé mettre en scène une telle télé réalité. Il a certainement dû en rêver mais ne l’a pas fait. L’intensité émotionnelle qui se dégage tout d’un coup dans ce dernier acte vient comme une libération, au sens propre comme au figuré.
Le spectateur, qu’il eu ou pas le courage de regarder cette barbarie jusqu’au bout, sort extenué de cette expérience et met un moment à imaginer jusqu’où lui-même aurait été dans un tel cas de figure. Et plutôt que de vivre un tel cauchemar, il s’épargnera l’envie d’une virée en solitaire dans un endroit désert pour les prochaines années, qui plus est sans prévenir personne. Comme quoi Danny Boyle nous l’a bien coupée et réussit haut la main cette aventure qui restera sans conteste comme la première grosse claque ciné de 2011.





