Lucky Luke : les Critiques de Gourcy
2009 : année Goscinny au cinéma. Un mois après le nullissime Petit Nicolas de Laurent Tirard, James Huth adapte Lucky Luke.
On pouvait rêver ! Et si James Huth rendait possible l’impossible en rendant crédible Lucky Luke au cinéma comme seul Alain Chabat a réussi à le faire à ce jour sur grand écran avec Astérix de la façon la plus géniale et la plus jubilatoire qui soit en l’extrayant des cases figées de la BD et en usant de références cinéphiliques et visuelles.
Hélas, au final James Huth tue Lucky Luke plus vite que son ombre, soit en 1H45, en réalisant cette supecherie.
Le film ne fait jamais rire et ne divertit quasiment pas et on a plus souvent l’impression de voir Brice de Nice avec un chapeau et un flingue que Lucky Luke. La preuve ? Au début du film, Lucky Luke fume une cigarette. Un gars lui demande s’il n’avait pas décidé d’arrêter de fumer, et Lucky Luke répond en ouvrant sa chemise »Non, j’ai un apatch ! ». Autre exemple : Lucky Luke n’enlève jamais ses santiags, même pour ses rares bains. Pourquoi me direz vous ? Parce qu’il a des ongles de 30 cm de long (ça ne vous rappelle pas le pote de Brice qui n’enlève jamais ses pompes parce qu’il n’a qu’un seul gros pouce à la place des 5 orteils et qui est donc super emmerdé pour mettre des tongs à la plage ?). Consternant et pas « ouaip » du tout.
Pourtant, ça commence bien : les décors du grand nord argentin avec ses cheminées sculptées dans les falaises et des salars boliviens, les couleurs, la luminosité, les textures nous plongent de suite dans l’univers de la BD. La réalisation est parfaite.
Un coupeur de bois au loin, des cavaliers qui approchent au galop, une guitare sèche à la Morricone et le film démarre comme « Il était une fois dans l’Ouest » à la sauce western spaghetti revue et corrigée par la patte de James Huth. Sauf que ça s’arrête là et que nous ne sommes pas dans le dernier Tarantino, Inglorious Basterds.
La première scène débouche en fait sur l’assassinat des parents (sa mère était indienne ?) du jeune John Luke qui deviendra dans la foulée Lucky car chanceux d’avoir échappé au massacre. Cette scène charnière du film revenant sans cesse guidera tout le film les choix moraux du cowboy (« tuer ou ne pas tuer » comme le dirait pour la énième fois le personnage de Jesse James dans le film). Hélas, nous ne sommes pas dans Batman Begins et la greffe entre ces scènes tragiques et l’ensemble comique ne fonctionnera jamais. C’est à se demander si nous ne sommes pas devant l’avènement d’un autre personnage que celui de Lucky Luke : un dénommé John Luke
James Huth convie pourtant à Daisy Town Jolly Jumper (interprété en voix off par Bruno Salomone : aie aie aie « plus lourd tu meurs »), Billy the Kid (Michael Youn essayant à chacune de ses répliques de tirer la couverture à lui et de s’approprier le film, consternant de nullité et insupportable comme à son habitude), Jesse James (Melvil Poupaud surjoue un poète raté et cite Hamlet ou Shakespeare à chacune de ses répliques), Calamity Jane (Sylvie Testud nous remet ça avec son look androgyne à la Françoise Sagan et son franc parler de charretier), Phil Defer (apparition éclair), la belle Belle avec qui notre cow-boy veut faire sa vie (jouée par Alexandra Lamy, bien évidemment, insupportable de par ses apparitions en chansons, doublées qui plus est) et Pat Poker (Daniel Prévost, le méchant le plus crédible de par sa folie).
Mais il manque les essentiels, ceux qui font le piment de la BD. Les Daltons sont restés se reposer au pénitencier surveillés par le chien le plus stupide de l’ouest d’Amérique : Rantanplan.
Un Lucky Luke sans Daltons, c’est comme Astérix sans les romains ! Pas de bon héros, sans de très bons méchants.
Un Lucky Luke sans Rantanplan, c’est comme Boule sans Bill ! Certainement le personnage le plus attachant de la série de par sa folie et son look si particulier. C’est quoi comme race ?
Dans la BD, Lucky Luke existe surtout à travers les personnages des Dalton, Rantanplan et Jolly Jumper.
Résultat, Lucky Luke ne tue personne, cherche l’amour, aime cogner les femmes par tradition familiale (quelle idée saugrenue !) et devient un plouc sans son flingue. Et le pire de tout, il n’est plus l’unique personnage de la BD à être parfait et il déprime parce qu’il a tué un méchant et s’était juré de ne jamais tuer à la mort de ses parents. Lui le cow-boy si solitaire et si taciturne que l’on connaissait si bien passe les ¾ du film à déprimer ! Peut-être aussi est-ce dû au fait que le scénario n’est pas digne de ce personnage légendaire ? Scénario, il n’y en a d’ailleurs quasiment pas.
En tout cas, c’est d’un psy dont a besoin aujourd’hui James Huth, comme son John Luke, afin de nous dire pourquoi il a déglingué le héros d’enfance de chacun de nous. Où es-tu Lucky Luke ? Pas sur grand écran, ça c’est sûr !
Poor lonesome cowboy…





